Le coaching et la vulnérabilité (blog du DU Coaching de l’UCO d’Angers)

Notre époque crée des mots pour désigner ses maux : le coaching social

 

Le coaching social s’adresse à des personnes « vulnérables ». 

Les personnes reconnues vulnérables au sens du code pénal répondent à 6 critères : l’âge, la maladie, l’infirmité, le déficience psychique ou physique et la grossesse. Ainsi, les peines prévues par le code pénal peuvent être alourdies dès lors que des faits de harcèlement moral sont établies à l’encontre de personnes reconnues vulnérables. On peut s’étonner de ne pas voir dans ces critères l’absence de domicile ou l’extrême pauvreté. Des termes plus larges ont été créés ces dernières années. Notre époque crée des mots pour soigner ses mots : l’exclusion, la fracture sociale, la précarité, le déclassement.

Ces personnes vulnérables sont accompagnées habituellement par des travailleurs sociaux, des chargés d’insertion qui parfois viennent au coaching souvent dans une deuxième partie de carrière pour renouveler leur approche.

La pratique du coaching social questionne les fondamentaux de la pratique du coaching :

  • « Le client a les ressources nécessaires pour atteindre ses objectifs » : certes, mais concrètement dans la pratique, les personnes accompagnées peuvent partir de loin et la levée des freins à la libération de leur potentiel renvoie à des questions familiales ou sociales. Le coach peut sentir pour lui même une impuissance totale et  avoir une réelle difficulté à surmonter des difficultés d’expression et de communication de la personne coachée et du coach !
  • La demande, pierre angulaire du coaching est difficile à détecter: il est dommageable de penser être sur un accompagnement simplement ciblé sur la présence et l’écoute alors qu’il existe une véritable demande. Ce qui rend le sujet plus complexe à mes yeux est le poids des demandes prescrites par les systèmes sociaux (service public de l’emploi etc…) qui conditionnent souvent le maintien d’aides financières ou de statuts. Par exemple, un accompagnement en co développement professionnel en vue de faire reconnaître des compétences par la Valorisation des Acquis de l’Expérience alors que la problématique rencontrée est une difficulté à rentrer en contact avec des employeurs.Dans le cadre d’un accompagnement de personnes handicapées en milieu ordinaire, je suis passé de demandes où la personne minimisait totalement ses compétences et ses savoir-faire à des demandes totalement irréalistes, avec plus que jamais un travail permanent de recalage de ces demandes au fil de l’accompagnement.
  • L’» état de faiblesse » qui caractérise les personnes vulnérables et ses conséquences dans la relation coach coaché ne se rencontre pas uniquement pour ces personnes vulnérables, loin de là. Mais sans un minimum de préparation, les situations où la personne coachée se révolte par rapport à l’aide que le coach veut lui apporter sont difficiles à vivre pour le coach. Ce que la personne accompagnée lui renvoie tout ce qu’il a pu subir en terme de violence sociale peut être également difficile à supporter.

Enfin, le coaching social des personnes vulnérables interroge sur le rôle social du coaching individuel et de son intégration dans un dispositif plus large. Des processus tels que la reconnaissance du handicap dont les personnes sont les « bénéficiaires » surdéterminent les comportements des personnes accompagnées. Si une personne reconnue handicapés en milieu protégé souhaite évoluer vers le milieu ordinaire de travail cela peut demander qu’elle effectue un travail conséquent sur les représentations, les peurs, le projet mais aussi une expertise technique et administrative. La réussite d’un accompagnement est souvent liée à un travail en équipe et à une bonne coordination entre experts et « coachs », ce qui nécessite des ajustements spécifiques concernant le cadre de l’accompagnement.

 

Les conditions de  pratique du coaching social posent avant tout la question de la vulnérabilité…des coachs.

Le coaching social est le plus souvent gratuit. La mise en relation se fait soit par réseau, soit par le biais de multiples associations.

Le caractère gratuit, par des coachs souvent en début de parcours qui justifier d’un nombre d’heures de pratique du coaching, en fait une pratique diffuse sur laquelle il n’y a pas nécessairement de capitalisation et d’apprentissage même si les associations qui les prescrivent en font des bilans. Le dispositif de coaching solidaire mise en place par l’EMCC est une belle occasion pour confirmer ou non ces représentations.

Je n’ai pas eu connaissance de financements de programmes d’accompagnements en France.  De ce que j’ai pu observer, l’intervention de coachs professionnels auprès de publics vulnérables tels que les migrants fait l’objet de véritables programmes d’interventions soutenus par les collectivités au Québec avec une rémunération des interventions. Le mentoring, le codéveloppement professionnels sont des pratiques suffisamment reconnues et répandues pour qu’elle s’adresse à des publics vulnérables, avec des pratiques d’évaluation pour en mesurer l’efficacité.

Toutes les initiatives visant à améliorer cette pratique du coaching social, qu’elles viennent d’associations professionnelles ou de réseaux d’entraide structurés sont à saluer. Les besoins d’aide se diversifient pour des personnes qui ne sont plus dans le cadre classique du salariat, retraités ayant besoin d’une activité professionnelle pour compléter leur retraite, les « travailleurs indépendants dépendants », précaires.

Cette pratique qui apporte tant aux coachs en les éclairant sur leur propre vulnérabilité n’a jamais été socialement aussi utile.